Business helvétique et Troisième Reich

CouvBourgeois   Titre:   Business helvétique et Troisième Reich. Milieux d’affaires, politique étrangère, antisémitisme
  Auteur:   Daniel Bourgeois
  Collection:   Cahiers libres
  Pages:   269
  Prix:   20 EUR - 35 CHF
  ISBN:   2-940189-10-2
  Date de publication:   1998


En décembre 1996 a été nommée par le parlement suisse une Commission d’experts chargée d’examiner sous l’angle historique et juridique l’étendue et le sort des biens placés en Suisse avant, pendant et immédiatement après la Seconde Guerre mondiale, ladite «affaire des fonds en déshérence». Rapidement, le débat public sur la politique des autorités, des banquiers et des industriels suisses durant la Seconde Guerre mondiale s'est dilué – l'histoire se répète – dans la méta-évocation d'une entité suisse: la Suisse, trop injustement critiquée, qui a nommé une commission d'historiens, fait la lumière et son mea culpa pour quelques «erreurs», largement expliquées par le contexte difficile ou par un sens moral quelquefois un peu défaillant.

Or, c'est sur le fond d'une défense de leurs intérêts propres - financiers, industriels, commerciaux ainsi que sociaux et politiques - que s'est développée l'orientation de fractions substantielles des milieux d'affaires et politiques suisses, dès les premières décennies du siècle. Elle s'est concrétisée par une série d'initiatives concertées, révélant des affinités électives et des intérêts fort concrets, poussant ces secteurs économiques et politiques à développer un bon voisinage avec les forces nationales-socialistes, le Troisième Reich et le nouvel ordre européen issu des grands bouleversements de 1939-1941.

Daniel Bourgeois raconte, au fil de recherches s'étalant sur 25 ans, ce «business» helvétique, qui n'est pas fait que d'exportations, d'accords de clearing, de chiffres, mais aussi de censure de la presse, de «certificats d'aryanité», de mission sanitaire auprès de la Wehrmacht, de passeports «J»...

Daniel BOURGEOIS, historien, était adjoint scientifique aux Archives fédérales suisses lors de la publication de cet ouvrage, aujourd’hui à la retraite. A côté de son activité professionnelle, il a poursuivi ses travaux de recherche et publié de nombreux articles. Sa thèse, Le Troisième Reich et la Suisse, parue en 1974, mettait déjà au jour, en décalage avec la version autorisée de l'histoire, des éléments importants du débat actuel, redécouverts avec fracas. Sur l'or pillé en provenance d'Allemagne par exemple, la Commission indépendante d'experts Suisse-Seconde Guerre mondiale reconnaît que D. Bourgeois avait alors «abordé pour la première fois les questions essentielles à ce sujet».


RECENSIONS

Pendant longtemps présentée comme «terre d’accueil», la Suisse aussi, à l’instar de l’Allemagne, a son «passé qui ne veut pas passer». Ce livre en est le témoignage.

La Quinzaine littéraire (France), N° 761, 1er-15 mai 1999

Au cours de ces dernières années, différents travaux sont revenus, de manière critique, sur le rôle exact joué par la Confédération helvétique pendant la Seconde Guerre mondiale. L’attention s’est notamment concentrée sur ses relations financières avec le Reich nazi. C’est une perspective beaucoup plus large qu’embrasse ce recueil d’articles, témoin de vingt-cinq ans de recherches de la part de Daniel Bourgeois, qui a défriché le domaine en pionner et y a acquis une érudition sans pareille.

Le Monde diplomatique (France), septembre 1999

Il existe des scientifiques qui depuis déjà fort longtemps ont présenté des études sérieuses, critiques, mais pas sensationnalistes, sur les contacts (économiques) de la Suisse avec l’Allemagne nazie. Daniel Bourgeois, un collaborateur de relief des Archives fédérales, appartient indiscutablement à ce groupe qui n’est pas très grand, et ce depuis sa thèse publiée en 1974 Le IIIe Reich et la Suisse 1933-1941 (qui analysait pour la première fois la question du vol de l’or). Ce qui maintenant est reconnu grâce à la publication de ce recueil Business helvétique et IIIe Reich.

Neue Zürcher Zeitung (Suisse), 22 février 1999

Au nom de la défense légitime de leurs intérêts, les businessmen suisses ont fait bien plus que de simples concessions au pouvoir nazi: ils ont entretenu avec lui des véritables affinités, partageant même des pans entiers de l’idéologie du nouvel ordre européen issu des bouleversements de 1939. C’est sans doute la conclusion majeure de l’ouvrage de Daniel Bourgeois.

Le Matin (Suisse), 13 novembre 1998

Autre illustration de cette «complicité» avec les nazis mise au jour par Daniel Bourgeois: les «certificats d’aryanité». Dès 1941, en effet, Nestlé a fourni à l’Italie fasciste puis aux nazis de pareils certificats concernant les membres de son conseil d’administration en gage de la «pureté suisse» de l’entreprise. Daniel Bourgeois publie pour la première fois de tels documents dont l’avocat genevois Charles Poncet, se basant sur des archives françaises, avait révélé l’existence.

Le Temps (Suisse), 13 novembre 1998