De la séparation des Eglises et de l’école

CouvMely   Titre:   De la séparation des Eglises et de l’école. Mise en perspective historique.
  Auteur:   Benoît Mély
  Collection:   Cahiers libres
  Pages:   720
  Prix:   43 EUR - 64 CHF
  ISBN:   2-940189-29-3
  Date de publication:   2004

L’objet de ce livre est de donner des éléments permettant de reconstituer une histoire de la laïcité scolaire dans une dimension européenne, à partir de l’examen comparatif de quatre pays aux histoires fort différentes.
Cet examen comparatif est centré sur la période 1789-1914. Après avoir décrit les systèmes éducatifs confessionnels d’Ancien régime, sous le monopole des Eglises, on cherche à montrer que si la notion de “Séparation politique” s’élabore avec le libéralisme politique à partir de la fin du XVIIe siècle, et cela d’abord dans l’aire anglo-saxonne, la notion de “Séparation scolaire”, ou laïcité, n’émerge que dans le cours de la Révolution française. Sa signification première est la destruction complète du monopole scolaire des Eglises et la mise sur pied d’une instruction publique totalement indépendante par rapport à elles, projet auquel le nom de Condorcet est attaché. 


On est ainsi conduit à mettre en cause les deux modèles explicatifs aujourd’hui dominants, fondés l’un sur l’opposition entre la France et le reste de l’Europe, l’autre sur le couple “pays catholiques” / “pays protestants”. L’opposition cardinale paraît en réalité moins celle d’une spécificité nationale française, ou d’une spécificité religieuse catholique (deux notions qu’on propose non de rejeter complètement, mais de fortement relativiser), que celle opposant deux logiques politiques en matière scolaire. L’une visa à la reproduction de la différenciation “école pour le peuple” / “école des notables” (A. Prost). L’autre cherche à établir une école démocratique qui en serait la négation. Les lois de J. Ferry, associées à la diffusion d’une idéologie d’Etat de substitution (la “religion de la patrie”), relèvent de la première de ces deux logiques ; l’autre est partagée par les mouvements partisans d’une école “purely secular” (Grande-Bretagne), “weltlich” (Allemagne) ou “laica” (Italie), largement méconnus aujourd’hui (au moins en France) et dont on s’attache à restituer la perspective d’émancipation scolaire contre toute forme d’incitation à une croyance.

Benoît MELY (1951 – 2003), agrégé de lettres classiques, poursuivait sa recherche tout en étant professeur de français en collège dans la région parisienne. Dans le cadre de son activité politique et syndicale, il avait à cœur de défendre et de promouvoir la laïcité scolaire dans l’enseignement public et l’accès au savoir pour tous.
Il fut aussi l’auteur de Jean-Jacques Rousseau: un intellectuel en rupture (Minerve, 1985), de deux numéros de B.T. 2, Taslima Nasreen, une femme face aux intégrismes (PEMF, 1995) et Giordano Bruno, un visionnaire du XVIe (PEMF, 1999), ainsi que d’articles dans différentes revues.

Recensions

On le constate, dans cette enquête colossale, Benoît Mély met à l’épreuve les principaux acquis de l’histoire et de la sociologie des religions renouvelant par là le questionnement sur les liens entre christianisme et modernité.

Revue française de pédagogie N° 159, 2007

Benoît Mély retrace la dislocation de l’unité chrétienne et la formation des écoles confessionnelles sous le «choc sécularisateur» de l’humanisme et de la Réforme, les attaques des Lumières contre l’obscurantisme religieux, l’oeuvre de laïcisation de la Révolution française sous l’impulsion de Condorcet, le long combat du libéralisme en faveur de la liberté de conscience, bientôt relayé par celui des différents mouvements socialistes au XIXe siècle. L’intérêt de l’ouvrage repose aussi sur la mise en relation comparative du mouvement de laïcisation scolaire dans quatre des principaux Etats-nations européens en voie de constitution – notamment la France, où s’imposera finalement la formule de séparation des Eglises et de l’Etat, et la Grande-Bretagne, qui, très tôt, met les Eglises sous la tutelle de l’Etat. Ce qui se trouve ainsi suggéré, c’est combien la question scolaire, et plus largement la question religieuse, devient, au moins à partir de la fin du XVIIIe siècle, un enjeu de politique intérieure.

Le Monde diplomatique, janvier 2005

C’est une somme considérable que nous laisse le chercheur Benoît Mély prématurément disparu: une vaste étude comparative, sans précédent par son ampleur, sur l’histoire du combat pour l’éducation laïque dans les principaux pays d’Europe. Il passe en revue et analyse non seulement les affrontements politiques, mais aussi les réflexions théoriques, de Rousseau à Kant, de Mary Wollstonecraft à Pestalozzi, de Fichte à James Mill, de Owen à Jules Ferry, et de Marx à Antonio Labriola.

Actuel Marx N° 38, 2005

D’emblée, à la première impression après lecture, que dire sinon que le seul terme approprié pour qualifier ce travail est qu’il s’agit d’une véritable somme sur le sujet de la séparation, trop souvent traitée en France d’un point de vue exclusivement «francocentrique».

InterCDI, N° 201 mai, juin 2006

Une thèse qui ne se contente pas d’un travail historique – fondateur : on ne pourra plus écrire sur cette question de la même façon avant et après cette lecture – mais ose des questions sur la signification de notre combat laïque.

Ecole émancipée, mai 2006

C’est un des principaux mérites de l’ouvrage de Benoît Mély, historien décédé précocement, avant même de voir publier ce livre imposant, fruit d’une longue recherche. Avec une grande érudition et un style d’analyse éclairant, Mély s’est attaqué à ce problème «exceptionnel» de la laïcité scolaire française, en la comparant au cas de l’Italie, qui présente plusieurs similitudes, et puis à ceux de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne, deux pays où les résultats ont été tout à fait différents, bien que des mouvements plus ou moins importants ont tenté d’introduire une expérience laïque «à la française». Dès lors, Mély révèle une sorte de courant européen transversal en faveur d’une conception relativement unitaire de la laïcité.

Espace de Libertés 334, septembre 2005